BRUZZ out – editie 1571

Expo: Olivia Barisano, le murmure de la poussière

Pour sa première exposition personnelle, Olivia Barisano montre des céramiques et des porcelaines, des pièces qui transcendent leurs formes simples pour faire parler la matière et les gestes qui les ont façonnées.

Ce sont des objets humbles. Ils ne s’imposent pas. Comme si la terre nous chuchotait quelque chose. L’artiste - qui vit entre Bruxelles et le sud de la France - les appelle des monticules. On peut aussi penser à des fourmilières ou à des tumuli venus des temps anciens.

Les sculptures en céramique d’Olivia Barisano ne se lisent pas du premier regard. On glisse sur leurs formes simples et leur surface craquelée, couverte d’une pellicule poudrée. Elles sont faites d’une chamotte façonnée avec la poussière provenant de bibelots de porcelaine concassés, pour être ensuite recuite.

Le geste, répétitif, d’écraser, de poncer, de brosser, de trier et de rassembler est au cœur de ce travail. C’est la première exposition d’objets d’une artiste qui s’était fait connaître par ses performances traversées par les thématiques de la transmission et de la nourriture. Sa grand-mère italienne y occupait une place centrale et active. La vidéo d’une dame en tablier bleu y fait allusion. Des gestes devenus une danse.

1571 EXPO Olivia Barisano Assiette a dessin 2017 porcelaine

La porcelaine, c’est l’art de la table. Olivia Barisano s’est intéressée à la technique de ces biscuits translucides pour créer aussi des assiettes fines comme un trait. Poncées et recuites plusieurs fois, elles révèlent toutes leurs couches intérieures par des auréoles de couleur semblables à celles qui apparaissent lorsque l’huile se mélange à l’eau.

Et elles sont parfois poncées encore jusqu’à être percées à cœur. La pièce, le semainier superpose sept de ces assiettes comme pour trancher le temps. D’autres travaux paraissent plus bruts avec quelque chose de minéral, d’archaïque, comme extraits des profondeurs du temps. Chacune de ces pièces est une expérience d’alchimie sur le devenir des matières et des couleurs. Un retour à l’essentiel. Il y a aussi cette petite archelle toute simple, oubliée trop longtemps au mur d’une cuisine.

Des pièces en pâte de verre translucide légèrement bombées sont posées dessus. Avec leur cordon de couleur, elles rappellent la forme d’un masque anti-poussière. Ou celle plus sensuelle d’une poitrine féminine. C’est à un personnage féminin sorti d’un conte de fées que fait penser la brosse enchaînée et rouillée abandonnée dans un coin. Cet intrigant ustensile qu’est le balai de mémoire pourrait être celui que l’impitoyable marâtre impose à la pauvre souillon pour balayer encore et encore. On peut tout simplement y voir une métaphore du cycle du temps, car peu importent les coups de balai, tout redevient poussière.

Voir l’article en ligne : GILLES BECHET

Voir la version pdf : BRUZZ_out_1571-27